Malgré un potentiel énergétique estimé à 23 000 MW par les experts, l’offre reste inférieure à la demande nationale.

Un potentiel énergétique immense, mais sous-exploité

Les faits parlent d’eux-mêmes et laissent peu de place aux équivoques. Le Cameroun se positionne comme la deuxième potentielle puissance énergétique en Afrique, derrière le Congo. Ce potentiel énergétique se décline sur plusieurs paliers.

IEA PVPS -international-energy-agency Dans son enquête annuelle, le programme des installations solaires photovoltaïques de l’Agence internationale de l’énergie (IEA PVPS) a révélé que  50,7 GW de centrales solaires photovoltaïques ont été installées en 2015. La Chine et le Japon arrivent, en effet, à la tête du classement. Les deux pays ont respectivement installé 15,1 GW et 10,8 GW de photovoltaïques au cours de l’année écoulée. Les États-Unis ont construit des centrales d’une capacité globale de 7,3 GW et l’Europe a installé 8,6 GW de centrales photovoltaïques. Ce secteur a connu donc une augmentation de 26,5% par rapport aux 40 GW installés en 2015. .

Hydro-électricité
Le premier palier est celui de l’énergie hydroélectrique, déjà leader en termes de production au Cameroun. Avec ses cinq bassins versants (les fleuves Sanaga, Nyong, Ntem, Congo et Niger, auxquels on peut même ajouter le Moungo et la Katina dans le Nord-Ouest), le pays dispose d’une capacité hydro-électrique impressionnante.

Pourtant, ce riche potentiel reste largement inexploité, puisque seul 4% du potentiel est actuellement exploité. «Pour l’heure, il n’y a que le bassin de la Sanaga qui a été suffisamment inventorié, et ce bassin à lui seul permettrait aujourd’hui de produire 15 000 térawatts-heure d’énergie», explique Jean Pierre Kedi, le directeur général de l’Arsel (Agence de régulation du secteur de l’électricité) au Cameroun. Le directeur général d’Eneo, Joël Nana Kontchou, vient à son appui en déclarant: «Notre pays possède le deuxième plus grand potentiel hydroélectrique de l’Afrique centrale, estimé à environ 20 GW.»

Nécessitant des investissements longs et lourds, trois projets de construction de barrages hydroélectriques méritent d’être mentionnés: les barrages de Njock, de Warack et celui du Noun-Wouri. La centrale de Njock, sur le fleuve Nyong, couvrira six régions (Centre, Sud, Littoral, Ouest, Sud-Ouest et Nord-Ouest), avec une capacité estimée de 200 MW pour un coût total chiffré à FCFA 180 milliards (€270 millions), faisant de ce barrage le troisième plus important au Cameroun après Songloulou et Edea. Les études de faisabilité étant déjà disponibles, le temps estimé pour sa réalisation ne devrait pas excéder 48 mois.

Quant au barrage hydroélectrique sur la rivière Bini, à Warack, dans la région de l’Adamaoua, il fournirait 75 MW additionnels, mais les investisseurs se font attendre. En 2012, la valeur du projet était estimé à 85 milliards FCFA (130 millions €), y compris la ligne d’évacuation d’énergie. Selon le directeur général d’Electricity Development Corporation, Théodore Nsangou: « Ce barrage participera à la prévention du déficit énergétique dans les régions du Nord Cameroun, qui n’ont pas encore de problèmes de pénurie.»

Le barrage du Noun-Wouri quant à lui, situé dans un environnement de chute, est la jonction entre deux bassins. La zone de confluence entre le Noun- Wouri présente une morphologie séduisante pour l’implantation d’un ouvrage hydroélectrique. Les études menées par les experts commis par le Gouvernement camerounais, notamment la société African Energy Company SA(AEC), indiquent que le financement nécessaire pour la réalisation de ce projet, est estimé à 2500 milliards e FCFA, soit 3,8 milliards Euro. L’AEC estime que le barrage de Noun-Wouri peut produire un peu plus de 20 000 MW d’énergie, de quoi augmenter la production globale nationale. La réalisation de ce projet pourrait s’il est bien mené, permettre au Cameroun d’exporter son trop plein d’énergie vers le Nigéria, potentiel consommateur de la sous-région.

A côté de ces projets, l’on a des projets plus connus qui sont entre autres, le barrage hydroélectrique de Memvé’élé. Situé dans le département de la Vallée du Ntem dans la région du Sud Cameroun, cet ouvrage hydroélectrique permettra la production de 201 MW d’énergie supplémentaire, et contribuera ainsi à la réduction de l’important déficit énergétique dont souffre le Cameroun. 3 ans après le début des travaux, la construction du barrage réalisé par la société chinoise Sinohydro Corporation Limited, tend à sa fin. A la fin du mois de février 2015, la seconde dérivation du fleuve Ntem sur le site de cette infrastructure énergétique avait été effectuée. Sur le terrain, le taux de réalisation global des travaux excède 60% à ce jour. Les principaux aménagements digues, évacuateur de crues principal, le canal d’amenée, et autres installations sont visibles sur le site. Les travaux d’excavation de l’usine sont achevés depuis longtemps, apprend-on. Le montant global de l’investissement est estimé à 420 milliards de francs Cfa, dont 243 milliards de francs Cfa fourni par Eximbank of China, 112 milliards de francs Cfa par la Banque africaine de développement (BAD) et 65 milliards de francs Cfa mis à disposition par l’Etat du Cameroun.

Le barrage de Lom Pangar quant à lui a été mis en service depuis décembre 2016, Ce barrage prévoit injecter 700 à 900 m3/S pour la gestion de l’étiage 2016. Sur le terrain, la régularisation de la Sanaga par Lom Pangar est effective. Ce barrage de type mixte comporte une section en béton sur la rivière qui regroupe les fonctions hydrauliques du barrage ainsi que deux ailes en terre qui assurent la fermeture des rives. Il est complété par une digue de col qui ferme une dépression topographique en rive droite du barrage. D’un investissement de 238 milliards de francs CFA (476 millions USD) cet ouvrage a été construit par l’entreprise chinoise China International Water and Electric Corporation. L’emprise de la retenue a une superficie maximale de 590 km² pour une capacité utile de stockage de 6 milliards de m3. Situé dans la Région de l’Est du  Cameroun, plus précisément sur la rivière Lom à environ 4 km à l’aval de sa confluence avec le Pangar et à 120 km environ au nord de la ville de Bertoua. Lom Pangar permettra de régulariser le débit de la Sanaga à plus de 1.000 m3/s à l’amont de SONG LOULOU de façon à saturer son débit d’équipement et d’augmenter la production d’EDEA en période d’étiage, soit 160 MW produits par les deux ouvrages.

Biomasse
Le deuxième palier de l’impressionnant potentiel énergétique du Cameroun est la biomasse. Situé dans le golfe de Guinée, une partie du territoire camerounais se trouve dans le bassin du Congo, considéré comme la seconde réserve de biomasse mondiale, après celle de l’Amazonie. Cette position offre au pays d’énormes possibilités de production de l’électricité à partir de cette source d’énergie.

L’exploitation de la biomasse intéresse d’ailleurs déjà quelques investisseurs. C’est le cas de la Sapidacam (Société d’actions prioritaires intégrées de développement agricole pour le Cameroun), qui entend mettre sur pied vingt agropoles dans sept régions du pays, ce qui fournira la matière premiere à quatre unités de production de biocarburant à partir de la biomasse issue de la banane-plantain. Selon Gilles Foka, le directeur général de Sapidacam, ce projet dont le budget d’investissement est de l’ordre de FCFA 1,03 milliards environ, dont la première tranche de Euros 500,000 est déjà disponible va permettre de produire 1,5 milliard de banane-plantain à partir desquels, l’entreprise entend produire 200 MW d’électricité et 120 000 tonnes de biogaz.

Solaire
Outre la biomasse, le Cameroun dispose d’énormes potentialités en termes d’énergie solaire. Son ensoleillement constitue un grand gisement d’énergie électrique. Le pays dispose en effet d’un potentiel abondant et disponible surtout dans sa partie septentrionale. L’insolation moyenne dans cette partie du pays est de 5,8 kWh/m2 /jour et de 4 kWh/m2/jour dans sa partie sud, selon une évaluation de l’Arsel. Malgré une insolation moyenne de 4,9 kWh/m2/j pour l’ensemble du pays, l’exploitation de cette source d’énergie demeure faible.

On peut ajouter dans ce registre d’énergies renouvelables potentielles:

l’énergie éolienne avec des vitesses de vents favorables supérieures à 2 m/s dans les régions de Kaélé et du Lac Tchad, et atteignant meme 6,6 m/s sur le mont Bamboutos;
l’énergie géothermique; et
l’énergie hydromarine.
Scandale de la nature
Un potentiel énergétique qui fait dire au directeur général de l’Arsel que , « le Cameroun est un scandale de la nature en termes de production de l’énergie électrique.»

L’énergie renouvelable reste donc un potentiel qui doit être capitalisé pour fournir de l’électricité aux populations vivant dans les villages. Le Cameroun économisera ainsi des ressources pétrolières tout en contribuant à la lutte contre le réchauffement de la planète.

Plusieurs autres investisseurs restent attendus dans ce secteur énergétique camerounais dont les potentialités ne sont plus à démontrer. Pour ceux qui veulent investir dans la production, plusieurs projets ont été institués par le ministère de l’Eau et de l’Energie. Le gouvernement a lancé à cet effet, un plan d’urgence pour renforcer le dispositif énergétique au Cameroun. L’Etat du Cameroun a besoin ici des investisseurs pour mettre en œuvre ce plan d’urgence. Plusieurs projets énergétiques cherchent actuellement preneurs. En fait, de nombreux projets peinent à prendre corps faute de financement.

Auteurs: Sandrine Gaingne, Christopher Fodor

Vast untapped potential
Cameroon is a renewable energy dream, with at least 20 GW of untapped hydro-electric power, plus loads of biomass, solar or wind opportunities.
This is the fourth article in our series. The first article covered current supply, the second current demand, and the third profiled the main actors in the sector.

ELECTRIFICATION EN AFRIQUE ET DÉFI CLIMATIQUE: REPENSER LES ENJEUX DES ÉNERGIES RENOUVELABLES


L’électricité est un pilier incontournable de l’économie de toute nation. Réussir le pari du développement ne pourrait ainsi se faire qu’après avoir réussi celui de l’électrification. Celle-ci est en effet étroitement liée à la santé, à l’économie, au confort, entre autres besoins humains fondamentaux. L’Afrique se trouve ainsi tiraillée entre deux grands défis: elle doit assurer son développement sans ignorer la question climatique. Les énergies renouvelables, un vent d’espoir ? Un rêve lointain ? Ce dossier revient sur les enjeux des énergies renouvelables pour l’électrification en Afrique.

 

Il existe de facto une corrélation importante entre l’électricité et le niveau de développement économique: généralement, plus le défi de l’électrification est grand pour un pays, plus le développement des infrastructures et de l’industrie s’estompe. L’importance relative de l’électricité s’accouple ainsi avec les progrès techniques, l’industrialisation et le besoin de confort moderne. L’augmentation de sa production devient, de ce fait, synonyme d’amélioration de la qualité de vie et de création de richesse.

En étudiant le ratio production électrification/nombre d’habitants, on constate des écarts criards entre les différentes régions du monde. L’Amérique du Nord est toujours la région où l’on produit le plus d’électricité par habitant (14 167 kWh/hab.). Un ratio deux fois plus élevé qu’en Europe de l’Ouest (6 646 kWh/hab.), trois fois plus qu’en Europe centrale (4 411 kWh/hab.), quatre fois plus qu’en Asie de l’Est et du Sud-Est (3 400 kWh/hab.).

Egalement, comparé à l’Afrique du Nord (1771 kWh/hab.), ce ratio est huit fois plus élevé, tandis qu’en Afrique Subsaharienne, il l’est de près de trente fois (490 kWh/hab.).

Ce rapport production d’électricité/développement économique, même s’il ne pourrait servir de moyen fiable pour mesurer, de façon arithmétique, le niveau de développement d’un pays, il n’en demeure pas moins qu’il serve de miroir pour avoir un aperçu sur le creuset considérable qui existe entre les différentes régions de la planète. Mieux, il est le reflet du grand retard accusé par l’Afrique, notamment l’Afrique subsaharienne, en matière d’électrification rurale. Dans cette partie africaine, les taux les plus importants ne dépassent à peine 30%.

Et si le changement climatique était une opportunité pour l’Afrique?

La question peut paraître paradoxale vu l’enjeu vital du défi climatique. Mais la question climatique met l’humanité en face d’un défi qui l’impose d’innover et d’aller inévitablement vers une économie sobre en carbone. D’où l’opportunité que peut tirer l’Afrique de cette nouvelle donne: elle peut miser sur les énergies renouvelables pour assurer sa production électrique en évitant le «péché occidental», celui d’un développement basé en grande partie sur l’exploitation d’énergies fossiles néfastes à l’environnement.

En effet, Africa Progress Panel, le think tank de l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a dévoilé en juin dernier sa dernière étude intitulée: «Énergie, planète: saisir les opportunités énergétiques et climatiques de l’Afrique». Le message adressé aux dirigeants africains et aux institutions internationales se veut positif. En clair: «investissez massivement dans l’électrification pour faire jaillir la puissance énergétique du continent et réduire ainsi la pauvreté et les inégalités».

L’Afrique pourrait ainsi prendre le leadership en matière d’énergie à faible émission de carbone et éviter les travers polluants éprouvés par le monde occidental et certains pays émergents. Pour rappel, L’Afrique génère seulement 2,3% des émissions de CO2. Plus qu’ailleurs, un pari sur les énergies renouvelables pourrait bien faire émerger une nouvelle économie et ainsi déclencher la corrélation vertueuse entre changement climatique, réduction de la pauvreté et croissance

«L’Afrique doit utiliser tous ses atouts énergétiques à court terme, tout en construisant les fondations d’une infrastructure énergétique à faible émission de carbone et compétitive», a indiqué Kofi.

Des chiffres poignants

L’étude de l’Africa Progress Panel révèle des chiffres poignants. En effet, 621 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité soir  la moitié des habitants du continent. Aussi, la consommation d’électricité de l’Afrique est inférieure à celle de l’Espagne. À ce rythme, il faudrait patienter jusqu’en 2080 pour que tous les Africains aient accès à l’électricité, a fait savoir l’étude, soulignant une villageoise du nord du Nigeria, un pays où 93 millions d’habitants sont privés d’accès à l’électricité, paie le prix le plus cher au monde pour l’électricité, soit 60 à 80 fois plus qu’un New Yorkais.

Egalement, près de 600 000 Africains meurent chaque année à cause de la pollution de l’air générée par les combustibles solides utilisés pour cuisiner. La moitié d’entre eux sont des enfants de moins de 5 ans. Au rythme actuel, il faudrait attendre la seconde moitié du XXIIe siècle pour que la totalité des Africains jouissent d’un accès à des cuisinières non-polluantes.

L’étude révèle aussi qu’au Burkina Faso, au Mali et au Niger, plus de 80 % des écoles primaires n’ont pas accès à l’électricité. Au Burundi et en Guinée, ce chiffre s’élève à 98%.

Un vaste potentiel énergétique… largement inexploité

Les sources d’énergie renouvelable sont nombreuses en Afrique. Les bassins hydrauliques d’Afrique centrale, la faille de la Rift Valley, ainsi que l’ensoleillement dont bénéficie le continent en général sont des sources d’énergies hydrauliques, géothermique et solaire peu égalées dans le reste du monde.

A l’heure actuelle, néanmoins, seule une infime partie de ce potentiel est exploité: 7% seulement des capacités hydrauliques, moins de 1% des capacités géothermiques, et les initiatives photovoltaïques restent encore embryonnaires.

Si les énergies fossiles donnent lieu en Afrique  à  une exploitation plus intensive que les énergies renouvelables, leur consommation domestique reste extrêmement réduite. Ainsi, les trois quarts de la production de pétrole du continent sont destinés à l’exportation en raison de la faiblesse des capacités de transformation locales. En conséquence, les pays africains sont obligés d’importer des produits pétroliers, ce qui alourdit considérablement les contraintes macro- économiques (budgétaire et de balance courante) auxquelles ils font face. Lorsqu’elles ne sont pas sous-exploitées ou exportées, les ressources énergétiques du continent sont gaspillées, ce qui est le cas notamment du gaz, en raison d’infrastructures largement déficientes.

Tous les pays africains ne sont cependant pas logés à la même enseigne. Les ressources énergétiques du continent se répartissent dans des zones distinctes. Le pétrole et le gaz se situent essentiellement en Afrique du Nord et dans les pays riverains du Golfe de Guinée; l’Afrique australe bénéficie de la quasi-totalité du potentiel de charbon du continent; les capacités géothermiques se concentrent en Afrique de l’Est et les bassins hydrauliques en Afrique centrale; le rayonnement solaire est plus fort dans les pays sahéliens…

Prince moulay Rachid Face à l’hétérogénéité du potentiel, les capacités d’exploitation sont aussi largement inégales. L’Afrique du Nord connaît moins de déperditions lors de l’exploitation du gaz et du pétrole que les pays du Golf de Guinée. Elle présente aussi des capacités de raffinage plus importantes que ses voisins d’Afrique Subsaharienne. Ainsi, 44% du pétrole produit localement se retrouvent dans l’offre disponible, contre 9% pour les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe.

Les énergies renouvelables, l’alternative?

L’Afrique n’aura point le choix! Elle doit impérativement miser sur les énergies renouvelables pour réussir le pari de l’électrification tout en misant sur ses ressources fossiles. La transition se doit d’être progressive pour ne pas freiner l’élan de croissance économique que connaît le continent.

C’est pourquoi, outre l’hydraulique, l’Africa Progress Panel conseille le développement de projets de production d’énergie solaire qui pourrait bien représenter près de 17% de l’énergie produite en Afrique en 2040. Mais aussi la multiplication des projets de fermes éoliennes. L’utilisation du gaz naturel de la région pour satisfaire les besoins domestiques en énergie doit également être de mise tout comme une revalorisation de la terre pour optimiser une exploitation renouvelée afin de réduire les émissions de CO2 en hausse de 1 à 2 % chaque année et éviter les pertes de prés de 2 millions d’hectares de forêt par an entre 2000 et 2010.

En bref, les pays africains sont appelés à faire de la place aux investissements en matière d’énergies renouvelables qui sont asphyxiés par les opérations d’entretien et de maintenance du réseau (près de 75% des dépenses des gouvernements).

De la question du financement

À l’instar de l’ancien Ministre français, Jean-Louis Borloo, qui fait de l’électrification de l’Afrique une priorité absolue, l’Africa Progress Panel tire la sonnette d’alarme. Et de rappeler qu’il reste deux tiers des infrastructures énergétiques à mettre en place d’ici 2030 sur le continent.

Le principal obstacle reste celui du financement: comment trouver près de 55 milliards de dollars par an pour ériger des centrales, bâtir ou renouveler le réseau de transmission et de distribution ? Pour ce faire, le think tank appelle à une coopération internationale renforcée en plus de la Banque Africaine de développement et de l’Union Africaine.

«Des pays comme l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda et l’Afrique du Sud émergent comme favoris dans la transition mondiale vers une énergie à basse émission de carbone. L’Afrique est bien placée pour accroître la production énergétique nécessaire pour stimuler la croissance, fournir de l’énergie à tous et jouer un rôle de leader dans les négociations cruciales sur le changement climatique», a souligné Kofi Annan.

Pour ce faire, il faut éradiquer la corruption, renforcer la transparence des institutions et songer à la création d’un «fonds mondial de connectivité» pour raccorder 600 millions de personnes en plus d’ici 2030.

Un enjeu au cœur de la COP21

La question de l’électrification en Afrique via les énergies vertes a été au cœur des négociations à la COP21 à Paris, du 30 novembre au 11 décembre 2015. Entre déclarations de responsables africains et promesses de financement, la question de l’accès à l’énergie fut une préoccupation majeure à Paris.

Ainsi, le président de la République Française, François Hollande, a organisé un sommet «Défi climatique et solutions africaines», le mardi 1er décembre de 9h30 à 11h30, en marge de la COP21. Ce sommet a réuni douze chefs d’Etats africains, la Présidente de la Commission de l’Union africaine ainsi que des représentants de plusieurs gouvernements et institutions internationales (Banque mondiale, Banque africaine de développement).  Le but: discuter des solutions à apporter à trois défis considérables: l’accès aux énergies renouvelables, la lutte contre la désertification et la préservation du Lac Tchad.

A cette occasion, la France, par la voix de François Hollande, a promis 2 milliards d’euros d’ici à 2020 pour les énergies renouvelables en Afrique. «La France veut montrer l’exemple», montrer qu’elle n’est pas simplement «le soutien aux forces africaines» comme au Mali et en Centrafrique, a lancé le chef de l’État français devant ses homologues africains.

Les 2 milliards promis pour les énergies renouvelables représenteront une «augmentation de 50% par rapport aux cinq dernières années», a précisé l’Elysée. L’Afrique recevra ainsi «une part très substantielle» de l’effort financier global consenti par la France pour lutter contre le réchauffement climatique, qui doit être lui-même porté de 3 à 5 milliards d’euros par an d’ici à 2020, a souligné François Hollande.

«L’Afrique est le seul continent, où vous avez en dehors de points scintillants sur la côte, un continent absolument opaque, malgré ses ressources énergétiques, et ça ne peut pas durer.» a déclaré, pour sa part, Macky Sall, Président de la République du Sénégal.
Se faisant porte-parole des dirigeants africains, il a exprimé leur besoin commun d’harmonisation des interventions sur l’énergie. Il considère que le continent est en droit d’exiger qu’une juste réparation soit faite, non pas sous forme d’aide ou de charité mais sous forme d’accompagnement pour une transition énergétique réunie. «Nous avons estimés qu’un fond sur l’électrification du continent géré par les Africains, doit sortir de cette Cop 21. (…) Avec 5 milliards d’euros par an, sur une décennie, on réglera la question de l’électricité en Afrique.», a-t-il indiqué.

D’autre part, Akinwumi Adesina, qui a pris les rênes de la Banque africaine de développement (BAD) en octobre dernier, met l’électrification du continent au centre de ses préoccupations. La BAD jouera ainsi un rôle central dans la mise en œuvre de la nouvelle Initiative africaine sur les énergies renouvelables lancée pendant la COP21.

«L’Afrique doit résoudre son problème d’énergie, pas parce qu’elle y est poussée par le changement climatique, mais parce que c’est insensé qu’elle n’ait pas d’électricité. Il y a 640 millions d’Africains qui n’ont accès à aucune source d’énergie. Les Africains sont fatigués d’être dans le noir. Nous avons besoin de nous industrialiser et, pour cela, nous avons besoin d’électricité», a-t-il indiqué.

«Ma priorité est d’électrifier l’Afrique. Nous allons investir 12 milliards de dollars d’ici cinq ans qui permettront au total de lever entre 40 et 50 milliards de dollars, a-t-il ajouté.

En réalité, une partie de la solution est dans la main des Etats. Ils peuvent abaisser les subventions aux hydrocarbures et réorienter leurs dépenses vers des énergies propres.  Mais sans appui extérieur, l’Afrique aura du mal à construire les centrales dont elle a besoin pour son développement. Par ailleurs, les Etats africains ont aussi intérêt à exiger une meilleure répartition des financements qui seront fournis par le fonds vert en court de lancement. Car le fonds précédent, le fonds pour l’environnement mondial, a été trusté par les grands émergents. Chine, Brésil, Inde en tête ont été les premiers à présenter des dossiers solides ouvrant droit à un financement.

Cameroun | De quoi produire 23 GW d’énergie

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Un potentiel énergétique immense, mais sous-exploité

 La population en redemande car la production énergétique est insuffisante pour la demande
Malgré son fort potentiel énergétique, le pays souffre d’un déficit énergétique criard. Ce qui de l’avis des experts nécessiterait un apport supplémentaire d’énergie, notamment en saison sèche, lorsque l’eau vient à manquer dans les centrales hydrauliques..

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De l’eau et du gaz

Le Cameroun dispose d’une capacité de production de 1,292 MW, générée en grande partie grâce aux barrages hydrauliques et aux nouvelles centrales thermiques.
Le potentiel énergétique du Cameroun est considérable. Le pays possède en effet une puissance globale installée de 1292 MW, répartie ainsi qu’il suit : 57% de source hydraulique, 21% de source thermique au gaz, 10% de source thermique au fuel léger et 13% de source thermique au fuel lourd.

Une capacité qui tient compte de celle d’Eneo (990 MW), la société phare de distribution de l’électricité, et des producteurs indépendants, à savoir la Dibamba Power Development Company (DPDC) avec sa centrale de Yassa Dibamba (86 MW au fuel lourd), ainsi que la Kribi Power Development Company (KPDC) avec sa centrale de Kribi (216 MW au gaz).

Hydro-électricité
Le Cameroun tire l’essentiel de son énergie électrique de l’hydraulique. Le pays dispose en effet de centrales hydro-électriques à partir desquels est produite l’électricité. Parmi celles-ci, l’on peut citer la centrale de Songloulou qui est la plus grande centrale du Cameroun, produisant 54% du mix électrique. Mise en service en 1981, cette centrale possède une capacité de 384 MW. A coté de cette dernière, l’on retrouve la centrale d’Edéa qui est l’une des plus anciennes au Cameroun. Mise en service en 1950, la centrale d’Edea dispose d’une capacité de 276 MW. Egalement dans ce registre se trouve la centrale hydro-électrique de Lagdo. Fonctionnelle depuis 1986, elle possède une capacité de 72MW.

La production hydroélectrique au Cameroun demeure fortement dépendante de la pluviométrie. En effet, avec l’assèchement des cours d’eaux en saison sèche, la production de l’électricité connait de fortes perturbations, avec pour conséquence une diminution de l’offre énergétique. Les experts du secteur s’accordent à reconnaitre que le déficit énergétique sur le réseau interconnecté sud, censé apporter une réponse efficace à la demande de l’électricité au Cameroun, avoisinerait 150 MW à l’étiage. Pourtant, sans énergie électrique, l’émergence du pays demeure une simple vue de l’esprit, puisque ce déficit constitue une entrave à l’industrialisation et à la transformation des matières premières agricoles. En 2007 déjà, le président de la République, Paul Biya reconnaissait qu’«il importe donc que ce problème soit traité avec sérieux et que des solutions soient apportées dès que possible».

Gaz
Au-delà des ressources hydrauliques, le Cameroun possède aussi un fort potentiel gazier. Le pays regorge d’un sous-sol et d’un offshore riches en gaz. Ses potentialités gazières ont été réévaluées à la hausse en 2014, passant de 144 milliards de m³ (mètres cubes) à 154 milliards m³, selon une estimation de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), bras séculier de l’Etat dans les opérations pétrolières et gazières. Cette hausse de 10 milliards m³ est consécutive à de nouveaux travaux d’exploration entrepris dans certains champs pétro-gaziers par des opérateurs sous contrat avec l’état. La SNH rapporte que la production gazière du Cameroun a litéralement explosé pour atteindre à 4343,4 millions de pieds cubes sur les quatre premiers mois de l’année 2014, contre 93,4 millions de pieds cubes pour la même période en 2013.

Selon la SNH, l’embellie observée dans le secteur gazier est due au champ Sanaga sud, dont la production est sans cesse croissante, et au champ Logbaba, situé dans le littoral camerounais. La centrale à gaz dans la même zone, mise en service au mois de novembre 2013, fut la toute première unité de traitement du gaz naturel d’Afrique subsaharienne.

L’offre en gaz s’est considérablement améliorée, avec l’entrée en service en 2013 de la centrale à gaz de Kribi, d’une capacité de 216 MW. Le regain de l’activité dans le secteur gazier ne manque pas d’aiguiser l’appétit des investisseurs. Dans cette perspective Victoria Oil and Gas Plc, compagnie d’exploration et de production fournissant du gaz thermique à partir du projet gazier Logbaba, avait annoncé son intention de produire prochainement du gaz naturel comprimé.

Actuellement, plusieurs centrales thermiques fonctionnent au Cameroun, soit à base de fuel lourd, de fuel léger, et de gaz naturel. Elles sont gérées par l’Etat, Eneo et des indépendants. Les deux premiers acteurs susmentionnés gèrent concomitamment les centrales de Songloulou, Lagdo et Edéa… Quant aux centrales de Kribi et de Dibamba, elles sont gérées uniquement par l’Etat.

Difficultés et challenges
Cependant, malgré ce potentiel énorme, les Camerounais souffrent d’un déficit énergétique criard. Un déficit qui atteint parfois le pic de 100 MW par jour, notamment en saison sèche. Période au cours de laquelle le niveau des eaux baisse considérablement dans les barrages exploités. Globalement, l’offre énergétique reste très faible par rapport à la demande nationale.

En 2015, le ministre Camerounais de l’Eau et de l’énergie faisait savoir que les délestages enregistrés dans le pays sont dus à des perturbations liées en grande partie à une baisse drastique des débits d’eau dans le bassin versant intermédiaire de la Sanaga, en amont des barrages hydro-électriques d’Edéa et de Song-Loulou. Une situation qui a entraîné une baisse de la production hydroélectrique de l’ordre de 150 MW au cours de l’année 2015.

Auteurs: Sandrine Gaingne, Christopher Fodor

N’hésitez pas à nous contacter.

Alfred Affoyon
Partner, KPMG Afrique Centrale

Power supply from water and gas
Cameroon can boast of 1,292 MW of installed electricity production capacity, most of which is hydro-electric and natural gas-based thermal plants. The abundance of underground and offshore natural gas has made thermal gas plants a natural choice for power production, although several big projects are in the works for further hydro-electric dams and turbines. 
This is the first article in a series of six articles providing a full panorama of the Cameroon power production sector. On October 13, our next article will cover power demand.  

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Production énergétique insuffisante pour la demande

Malgré son fort potentiel énergétique, le pays souffre d’un déficit énergétique criard. Ce qui de l’avis des experts nécessiterait un apport supplémentaire d’énergie, notamment en saison sèche, lorsque l’eau vient à manquer dans les centrales hydrauliques.

La problématique de l’insuffisance d’énergie électrique au Cameroun n’est plus à démontrer. Le  Chef de l’Etat camerounais Paul Biya l’a lui-même reconnu lors de son traditionnel discours de fin d’année 2015. En effet, depuis une quinzaine d’années environ, la disponibilité, la qualité et le coût de la fourniture de courant ont été clairement indexées comme étant un frein à la croissance du pays.

Le même constat a été fait par le directeur général d’Eneo, lors du Forum énergie et infrastructures Cameroun, au cours duquel il a estimé la perte du taux de croissance annuelle entre 1 à 2%. Ce dernier indiquait à l’occasion l’urgence de réduire les consommations en énergie électrique. Pour y parvenir, Eneo compte dans le court terme mettre un accent particulier sur une gestion intelligente à la fois de l’offre et de la demande. A moyen et long termes, la stratégie sera orientée sur une planification prenant en compte le critère de moindre coût, et par l’exécution à temps des projets retenus dans le plan de développement du secteur. L’entreprise a aussi introduit un certain rationnement. Ainsi, certains de ses plus gros clients (par exemple Alucam) ont vu leur consommation d’électricité réduite de l’ordre de 30%. A cela s’ajoute, la reprogrammation des travaux avec coupure et la demande d’effacement de certaines industries pendant les heures de pointes.
Un déficit énergétique préjudiciable aux entreprises
Le déficit énergétique que connait le Cameroun ne fait pas les affaires du tissu économique national. Selon les consultants de Knowdys Cameroun, en mai 2016, 39% des entreprises basées dans la capitale politique du Cameroun font face aux coupures d’électricité de 30 à 45 minutes en moyenne par jour. Selon une étude de la banque mondiale, 2/3 des entreprises camerounaises citent l’énergie comme une contrainte et évaluent leurs pertes liées à l’énergie électrique à environ 5% de leur production. Les statistiques révèlent que la croissance de la demande annuelle en énergie électrique est de 7,5%, soit environ 85 000 nouveaux clients par an, soit un besoin en capacité de 800 MW à 1000 MW sur les cinq prochaines années.
Monde rural vs monde urbain
L’état de l’électrification en zone rurale ou en zone urbaine n’est pas reluisant au Cameroun. Au total, seulement 48% de la population du pays a accès à l’électricité. Selon les statistiques de la Banque Mondiale, moins de 14 % de ménages ruraux et 57 % en zone urbaine sont connectés à l’électricité. Le Ministère de l’eau et de l’énergie est quelque peu plus optimiste, citant une couverture rurale en 2016 variant entre 25% et 30%. Or, 60% de la population camerounaise vit en zone rurale. Sur les 13.000 collectivités territoriales que compte le pays, seules 3.634 ont accès à l’électricité. Comme conséquence, Eneo admet n’avoir que 900.000 clients pour un marché de 2,5 millions de ménages. Ce qui illustre puissamment le potentiel de croissance du pays, et les options pour les investisseurs.
Il existe d’autres estimations plus optimistes ou pessimistes, mais toutes relèvent la discontinuité du service d’électricité pour les abonnés, en raison des nombreux délestages. Les raisons de ces coupures sont multiples : inadéquation globale entre l’offre et la demande, irrégularité des approvisionnements dus à la période d’étiage, infrastructures de production et de distribution vieillissantes, manque d’investissements en raison de réticences du secteur financier.
Pour palier à cette situation, le Cameroun a lancé en juin 2016 la seconde phase du projet d’électrification rurale financé par la Banque Islamique de Développement à hauteur de €28,1 millions, soit FCFA 12,2 milliards, auxquels s’ajoutent FCFA 73 milliards de prêts concessionnels. La contribution de l’Etat quant à elle est de FCFA 1,352 milliards. Le plan directeur de l’électrification rurale projette une couverture nationale de 98% en 2035. Pour la période de 2016 à 2035 ce plan prévoit la conception et la construction de 757 lignes moyenne tension, 94 postes de distribution, 235 km de ligne basse tension incluant la réalisation de près de 9.000 connexions, ainsi que des extensions de réseaux. S’agissant de l’électrification solaire, l’on envisage l’usage des kits individuels, l’éclairage public, la construction de petites centrales hydro-électriques et la fourniture de kits solaires photovoltaïques.
KPMG Cameroun a permis la réalisation de cette série d’articles sur la situation et les perspectives énergétiques au Cameroun. Grâce à nos bureaux en Afrique Centrale (Cameroun, Tchad, République centrafricaine, Gabon, Congo-Kinshasa, Congo-Brazza), nous sommes en mesure de vous accompagner dans vos investissements, que ce soit dans le domaine de l’énergie ou bien dans d’autres secteurs.

A court terme, l’agence d’électrification rurale vise environ 60.000 branchements. Cette deuxième phase comprend en outre l’électrification rurale de 102 localités dans les régions du Centre, du Nord, de l’Adamaoua, de l’Ouest, du Sud pour un coût global de FCFA 18,34 milliards. Malheureusement, même avec ces projets, le taux d’électrification rural ne devrait pas dépasser 50%, alors qu’il atteint 90% en Afrique du Nord. De même, la consommation annuelle d’énergie électrique par habitant est d’environ 165 kWh alors qu’elle s’élève à plus de 1650 kWh en Afrique Australe. Les écarts de consommation sont encore plus flagrants lorsqu’on passe de l’urbain au rural.

Des prix hors de portée pour bien des ménages
Le coût de l’énergie électrique reste élevé pour bon nombre de camerounais. Le prix du kWh oscille entre 50 et 90 FCFA, selon la période du jour.  D’après Eneo, la consommation moyenne mensuelle se situe autour de 17 000 FCFA par client, calcul obtenu à partir du chiffre d’affaires d’Eneo (FCFA 18 milliards par mois) et du nombre de clients de cette entreprise (900.000). Cependant, il faut noter que plus de 60% de ces clients sont des ménages qui ne consomment que la bagatelle de 110 kWh par mois et paient 50FCFA le KW « car, c’est la classe la plus pauvre », soutient un responsable d’Eneo. De l’autre coté du fossé énergétique, 13% des clients d’Eneo représentent à eux seuls 70% du chiffre d’affaires, mais ces clients comprennent les clients commerciaux et industriels.

Bien des camerounais éprouvent d’énormes difficultés pour satisfaire leurs besoins électriques, malgré un usage très basique: pour l’essentiel l’alimentation d’appareils électroménagers tels que les téléviseurs, les transistors, les réfrigérateurs, les ventilateurs … Du fait de l’exorbité des coûts de consommation, de nombreux camerounais se retrouvent dans l’incapacité de payer leurs factures d’électricité.

Même lorsque leurs lignes électriques sont suspendues, les populations trouvent toujours des stratagèmes pour avoir accès à l’électricité. Cette situation a favorisé la floraison d’opérateurs illicites qui à travers des raccords illégaux et artisanaux commercialisent aux ménages de l’énergie électrique volée à Eneo. Au quartier Grand Moulin à Douala par exemple, certaines populations payent mensuellement à ces fournisseurs illégaux 5.000 FCFA de consommation pour des ménages de 6 personnes. Il est d’ailleurs courant que des centaines de maisons soient ainsi alimentés de manière frauduleuse. Des pratiques illégales qui entrainent un important manque à gagner à Eneo.

Auteurs: Sandrine Gaingne, Christopher Fodor

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Alfred Affoyon
Partner, KPMG Afrique Centrale

More power to the people
Cameroon’s growing population means growing energy appetite (about 7.5% annually). Yet only 13% of ENEO’s clients account for fully 70% of power usage. The vast majority of the population either limits its energy consumption to available budgets, or relies on illegal “juicers” that siphon off power illegally and then re-sell it to low-income households.

Est-il temps de libéraliser le secteur énergie?

Avec quatre acteurs majeurs contrôlant le secteur énergétique au Cameroun (l’Etat camerounais, l’Arsel, la Sonatrel et Eneo), la question se pose de savoir si une libéralisation vers le privé et une augmentation de la concurrence seraient bénéfiques.

1. L’Etat camerounais
L’Etat camerounais est en même temps co-propriétaire de nombreux actifs et régulateur du secteur.

Jusqu’en 2011, une société mixte détenait le monopole de la production, du transport, de la distribution et de la commercialisation de l’énergie électrique au Cameroun. Mais avec l’entrée en vigueur de la loi 2011 sur l’électricité au Cameroun et surtout la réévaluation du contrat de concession par l’Etat, la donne a changé. Ainsi, l’Etat a repris en main l’activité de transport et de gestion du réseau de transport. Ce qui a abouti à la création de Sonatrel, société désormais chargée du transport de l’énergie électrique au Cameroun. L’Etat a par ailleurs repris le contrôle des barrages-réservoirs (déjà prévu dans le cadre de l’avenant n° 1 conclu en 2006), en confiant cette mission à la société Electricity Development Corporation (EDC), une société à capital public, avec l’Etat comme actionnaire unique. Dans les faits, EDC dirige les barrages et se fait payer les droits d’eau par Eneo.  

Face à l’urgence de plus en plus pressente d’accroitre la production énergétique, les  spécialistes soulignent la nécessité que les deux barrages hydroélectriques de Song Loulou et d’Edéa disposent d’un débit d’eau à turbiner suffisant tout au long de l’année. Ce qui n’est pas le cas à présent puisque la société Aluminium du Cameroun (Alucam) consomme 35% de l’énergie produite par les deux centrales et compte d’ailleurs faire passer sa production de 100.000 à 300.000 tonnes d’aluminium par an. Pour favoriser le passage en sécurité de cette production, l’Etat a décidé de la construction de deux nouveaux ouvrages : Lom Pangar pour permettre la régulation des débits relâchés en fonction des demandes de Song Loulou, d’Edéa ; Nachtigal pour « restituer » dans le réseau AES le supplément d’énergie qui sera consommé à Edéa et Song Loulou. L’Etat camerounais, Electricité de France (EDF), la Société financière internationale (SFI) et le groupe canadien Rio Tinto, ont signé le 8 novembre 2013 à Yaoundé, un accord pour le développement du projet de construction du barrage hydroélectrique de Natchigal, dans la région du Centre. Cet investissement, d’un montant total de FCFA 400 milliards, devrait permettre d’accroître la production énergétique au Cameroun, grâce à 400 MW d’électricité supplémentaires à produire par la centrale de Natchigal, qui sera construite sur le fleuve Sanaga.

Pour sa production énergétique, le concessionnaire privé Eneo travaille donc en partenariat avec la société EDC, responsable de l’approvisionnement au détail, mais aussi de la fourniture d’énergie comme activité d’affaires. EDC fournit à Eneo l’eau pour la production de l’énergie électrique depuis ses centrales hydrauliques. Du point de vue de la régulation, l’Etat a mis sur pied l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) qui joue le rôle de gendarme en veillant au respect des règles régissant la filière.

2. Transmission – Sonatrel prend la relève
Pour ce qui est des ouvrages de transport de l’électricité, l’Etat a créé en octobre 2015 la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel), une société à capital public et placée sous la tutelle technique du ministère de l’Eau et de l’énergie et sous la tutelle financière du ministère des Finances. Celle-ci a pour mission l’exploitation, la maintenance et le développement du réseau public de transport de l’énergie électrique et de ses interconnexions avec d’autres réseaux. Elle s’occupe également, de la gestion des flux d’énergie électrique transitant par le réseau public de transport, la planification, la réalisation des études et la maintenance ainsi que la recherche et la gestion des financements y relatifs.

Cette entreprise publique bénéficiera pour son démarrage d’une dotation financière de FCFA 660 milliards octroyée par la Banque mondiale. L’Etat s’est aussi engagé dans un programme de mise à niveau et d’accroissement de la capacité de transit des réseaux. Celui-ci comprend la construction de nouveaux postes d’interconnexion et de nouvelles lignes de transport d’électricité de desserte des métropoles et des zones de grands transits énergétiques, la construction à l’intérieur de celles-ci, de nouveaux postes sources et des lignes de bouclage pour y stabiliser l’alimentation électrique. Certains de ces projets font partie du Plan d’urgence pour l’accélération de la croissance économique. D’autres ouvrages seront inscrits dans le projet d’infrastructures en cours de montage et à soumettre pour financement à la Banque mondiale et aux bailleurs de fonds tels que l’Agence française de développement et la Banque européenne d’investissement, d’après Basile Atangana Kouna, ministre de l’Eau et de l’énergie.

Pour finaliser la séparation comptable des actifs d’Eneo Cameroun à transférer à la Société Nationale de Transport d’Électricité, les entreprises françaises RTE International et Nodalis ont été choisies. Mbemi Nyaknga, le Directeur Général de la Sonatrel a indiqué à ce sujet que la séparation comptable des actifs du réseau de transport actuellement géré par Eneo et leur transfert à la Sonatrel serait achevée au plus tard en décembre 2017. Au terme de cette opération, Sonatrel va devoir logiquement reprendre les installations existantes avec bien évidemment les droits et obligations y afférents. Ledit transfert d’activité de transport de l’électricité à la Sonatrel est indiqué dans l’avenant N° 2 du contrat de concession entre l’Etat du Cameroun et Eneo signé le 7 août 2015 à Yaoundé.

Parmi les priorités de la Sonatrel figure en bonne place le projet Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), piloté par la Banque mondiale. De multiples rencontres ont été tenues à cet effet a souligné le 24 août 2016 à Yaoundé le DG de Sonatrel. L’aboutissement de ce projet devrait permettre la réhabilitation de l’ensemble du réseau de transport de l’électricité au Cameroun.

3. Eneo, principal producteur privé
Outre l’acteur institutionnel qu’est l’Etat, le secteur énergétique au Cameroun est marqué par la présence d’opérateurs privés au rang desquels figure en première place Energy of Cameroon (Eneo), concessionnaire du service public d’électricité, qui est l’acteur privé principal dans la production et la commercialisation de l’énergie électrique. Cette entreprise est née des cendres d’AES-Sonel en 2014, qui avait détenu le quasi-monopole dans la production, le transport et la distribution de l’électricité au Cameroun pendant plusieurs décennies.

Eneo dispose d’une capacité de production installée de 990 MW, à travers un parc de 39 centrales de production au total. Avec 74% de sa production de source hydraulique, Eneo dispose de 13 centrales interconnectées, et de 26 centrales thermiques isolées. Pour les prévisions d’Eneo, au cours des 10 prochaines années des investissements de l’ordre de FCFA 700 milliards doivent être consentis par l’entreprise, afin de moderniser le réseau de transport d’électricité au Cameroun.

Par ailleurs, la réforme de 2011 a convenu qu’Eneo ne pouvait pas dépasser 1000 MW de capacité installée. Pourtant, le Cameroun a une capacité installée de 1292 MW. Ainsi donc, Eneo détient les 77%, tandis que des producteurs indépendants détiennent les 23% restants. C’est donc dire que plusieurs acteurs existent  dans le secteur de l’électricité au Cameroun. Ainsi, le concessionnaire du service public de l’électricité Eneo se concentre désormais sur la production et la commercialisation ; l’entreprise de patrimoine, EDC a en charge les barrages; l’AER s’occupe du développement de l’électrification rurale ; tandis que l’Arsel continue à jouer son rôle de gendarme du secteur dans son ensemble, et Sonatrel s’occupera du transport.

4. Autres concurrents privés
A côté d’Eneo dans la production, l’on retrouve le Groupe anglais Globeleq, détenu à 100% par le fonds Actis qui a décidé de créer une filiale camerounaise, Globeleq Cameroon Management Services (GCMS) pour gérer les sociétés qu’elle contrôle, notamment: la centrale à gaz de Kribi, d’une capacité de 216 MW, et celle du mazout d’une capacité de 86 MW  installée à Dibamba (Littoral).

L’autre acteur du secteur énergétique au Cameroun est la Kribi Power Development Corporation (KPDC). Cette entreprise détenue à 56% par Globeleq et 44% par le gouvernement du Cameroun gère la centrale à gaz de Kribi qui peut produire 216 MW d’électricité à partir de l’exploitation du champ gazier de la Sanaga Sud aux larges des côtes du Cameroun. Elle peut produire davantage puisqu’elle dispose d’une licence de production de 330 MW d’électricité. AES Sonel qui a été rachetée par Actis avait conclu avec le gouvernement camerounais un contrat d’achat de l’électricité produite à Kribi pendant 20 ans.

Dans le même registre, on ne saurait manquer de citer la Dibamba Power Development Company (DPDC) S.A, conjointement détenue par Globeleq à hauteur de 56%et par le gouvernement camerounais à 44%.Cette entreprise pilote la centrale de Dibamba conçue comme une centrale thermique d’urgence. Elle est censée pallier les délestages à travers la production de 86MW d’électricité à partir de l’exploitation du fuel lourd. La centrale est associée à une ligne de transmission d’électricité de 90Kv sur 2 Km dans la région du Littoral.

A ces acteurs, s’ajoute la société Gaz du Cameroun qui produit de l’électricité à base du gaz et qui la distribue aux entreprises. Filiale de la Victoria Oil and Gas, société basée à Londres, Gaz du Cameroun exploite le champ gazier de Logbaba dans la banlieue de Douala. La structure qui compte déjà une vingtaine d’entreprises par pipeline à son réseau de distribution du gaz dans la capitale économique du Cameroun a annoncé le 25 juillet 2016 qu’elle conduit actuellement un programme de pose de canalisations, en vue de l’approvisionnement au gaz de douze nouvelles entreprises. Du fait d’une demande sans cesse croissante des entreprises, la production de Gaz du Cameroun est en augmentation constante, atteignant officiellement 8.85 mmscf par jour à fin novembre 2015, contre 3.91mmscf par jour sur la même période un an plus tôt.

5. Conclusions
Après plusieurs années marquées par une centralisation des activités dans le secteur de l’énergie électrique au Cameroun, l’on assiste aujourd’hui à la fin du monopole du concessionnaire public Eneo. Ce d’autant plus que l’Etat en décidant de renégocier le contrat de concession avec Eneo a décidé de reprendre en main certains aspects de ce secteur d’activité notamment le transport de l’électricité (Sonatrel). Malgré l’énorme potentiel énergétique dont dispose le pays, l’investissement privé reste faible du fait du cadre réglementaire peu incitatif. Certains spécialistes du secteur n’ont de cesse de dénoncer le manque de transparence accrue du secteur de l’électricité en matière de règles de fonctionnement, d’égalité d’accès pour tous aux infrastructures de transport et de distribution, ce qui rend inefficace les décisions d’investissement des opérateurs privés et publics, expliquent les experts.

Auteurs: Sandrine Gaingne, Christopher Fodor

Open up power to competition?
With four main players in charge of the energy sector in Cameroon (the state, regulator ARSEL, SONATREL and Eneo), the question arises whether the pent-up demand would not be better served with greater competition and market openness.

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Alfred Affoyon
Partner, KPMG Afrique Centrale